L’accès à l’information, et notamment via les réseaux sociaux, est important dans le processus d’innovation. Mais l’information peut agir dans les deux sens, soit en favorisant l’innovation ou soit au contraire en la limitant. Tout va dépendre de l’utilisation que nous cerveau en fait ! Comment à partir de ce constat, les neurosciences appliquées et la psychologie clinique peuvent aider à rendre notre cerveau plus innovant ?

L’information et le lien social sont à la source de l’innovation.
Etre innovant, c’est mettre en œuvre un processus d’innovation, individuellement ou collectivement.
Ce processus consiste à produire une nouvelle réalité à partir d’une idée, là où la créativité consiste à produire une idée neuve. Il s’appuie sur des capacités cognitives et émotionnelles bien précises de notre cerveau.
Et chaque personne peut entrainer son cerveau à être plus innovant. L’innovation est à la fois banale, nous innovons tous les jours pour faire face à des situations, et complexe car l’innovation a un caractère social, comme le soulignait Françoise Héritier en 2001. « Pour que l’invention technique ou la découverte suscite l’innovation, soit réalisable en quelque sorte, il ne suffit pas qu’elle soit possible […], il faut surtout qu’elle soit pensable, c’est-à-dire qu’elle soit acceptable par l’esprit de ceux à qui elle est proposée. »
Cette dimension sociale de l’innovation éclaire l’utilité des réseaux sociaux. Car à chacune des étapes du processus, (formulation du problème, recherche d’idées ou de solutions plus ou moins créatives, évaluation des solutions, production de l’innovation et de sa diffusion), l’accès à l’information et les réseaux sociaux constituent un atout essentiel pour être plus innovant, avec quelques « Oui, mais » cependant.

 

Les « Oui, mais » liés à la complexité humaine.

 

1er « Mais » : les biais cognitifs peuvent mettre notre vigilance au repos et nous en sommes rarement conscients.
Prenons l’exemple de trois d’entre eux particulièrement présents sur les réseaux sociaux, à l’époque de la surabondance d’informations et des fake news.
1er biais, la dissonance cognitive : notre cerveau interprète une situation pour éliminer les contradictions trop inconfortables pour son équilibre.
2e biais dit de confirmation : notre cerveau cherche à confirmer sa façon de penser plutôt que de la remettre en cause.
3e biais dit de disponibilité : l’information la plus disponible est celle que notre cerveau a le plus tendance à croire, même si cette information est inexacte ou irrationnelle. Trop de biais cognitifs peuvent amener de la rigidité, peu propice à l’innovation.

 

2e « Mais » : qu’en est-il de notre flexibilité mentale et de la gestion de nos émotions ?
La flexibilité mentale est une capacité de notre cerveau qui est utile, entre autres, dans deux mécanismes mobilisés pour l’innovation : soit en contrôlant la pensée et en bloquant les schémas de pensée courants, soit en associant les idées de façon libre grâce aux émotions et à l’ouverture.
Un usage routinier des réseaux sociaux sans stimuler la flexibilité mentale peut conduire à une limitation forte du processus d’innovation.
Les rôles des émotions et de l’inconscient quant à eux sont essentiels dans la perception, la mémorisation et l’évaluation des informations. Les réseaux sociaux avec l’interface de l’écran peuvent favoriser le phénomène de projection égocentrée dans ses émotions (« être dans sa bulle »).
Or l’humain gagne à éprouver ses émotions avec ses congénères, pour stimuler ses intelligences multiples au profit de l’innovation notamment.
Aidé de ces éclairages, définissons de bonnes conditions d’utilisation des réseaux sociaux au service de l’innovation.

 

Sept règles pour favoriser l’innovation en utilisant les réseaux sociaux.

A titre personnel, j’ai défini les règles de conduite suivantes pour utiliser efficacement l’information et les réseaux sociaux pour innover, notamment dans mon cadre professionnel.

1.Dissocier les plages horaires pour la recherche d’informations précises de celles pour le « vagabondage » sur les réseaux sociaux.
2. Sélectionner les sujets sur lesquels je fixe mon attention.
3. M’abonner à des comptes de personnes d’avis différents du mien dans une proportion significative.
4. Croiser les échanges sur les réseaux avec des rencontres « dans la vraie vie » (IRL) et d’autres sources d’information, écrites, sonores, visuelles, sensorielles ou kinesthésiques.
5. Régénérer régulièrement les sources d’information.
6. Toujours avoir à l’esprit l’importance du rôle des biais cognitifs et des émotions dans l’évaluation de l’information reçue, et de celle émise dans mes publications.
7. Choisir ce que je veux mémoriser.

 

Avoir une démarche structurée d’utilisation des réseaux sociaux va devenir de plus en plus indispensable.
Car après la découverte des forums et des réseaux sociaux ces vingt dernières années, l’étape à venir va voir l’impact grandissant des algorithmes et de la réalité reconstituée sur nos pratiques et nos usages d’accès à l’information.
Face à de tels enjeux éthiques, psychologiques, philosophiques, et technologiques, il va nous falloir être très innovants pour imaginer un monde à venir (encore et autrement) humain et responsable… pour mieux le construire ensemble !

 

@JérômeJubelin • fondateur-président de UMANAO®
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Contribution initialement parue dans le Livre Blanc d’Alban Jarry  » L’accès à l’information et aux réseaux sociaux rend-t-il plus innovant.e ? » – mars 2018 puis dans Culture RP mai 2018